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Sony a7RII – Comparaison RAW vs JPEG

Caractéristiques & Paramètres de test
Lieu

Mona Vale, NSW, Australie

Boitier

Sony a7RII

Objectif

Canon 24-70 f/2.8L

Bague

Metabones EF-E-BT4 (mark IV)

Mode

A : Priorité Ouverture

Focale

38mm

Vitesse

1/60

Ouverture

f/6.3

ISO

800

Correction exposition

+0.7

Trépied

Non

Post-Traitement

Pas de traitement pour la comparaison de base.
Utilisation de Lightroom CC pour les tests de traitement.

Comme tout boitier « moderne », le Sony α7R II offre la possibilité de prendre des clichés, soit en JPEG, soit en RAW, soit les deux en même temps. Je vais tenter ici d’étudier les différences entre ces deux types de fichiers à travers un seul et même cliché combinant basse et haute luminosité grâce à un contre jour intérieur/extérieur.

J’ai trouvé intéressant de ne pas réaliser une photo à ISO100 afin de voir comment réagit la compression JPEG face à un léger bruit. A noter qu’une valeur ISO égale à 800 reste très faible pour un capteur comme celui de l’a7RII. Je vous invite d’ailleurs à jeter un coup d’oeil à mon test des ISO pour ce boitier.

La photo du test

Sony a7RII Comparaison RAW vs JPEG

JPEG en sortie de boitier (10,8 Mo) RAW en sortie de boitier (82 Mo)

Réalisée dans un garage lors du contrôle technique de l’Holden Commodore que l’on m’a « offert » lors de mon voyage en Australie, ce cliché combine des zones à faible luminosité (ombres, dessous de la Ford Mustang verte, radiateur de l’AC Cobra rouge) ainsi que des zones à forte luminosité (extérieur). Nous allons donc pouvoir tester la quantité d’information qu’il est possible de récupérer dans ces zones pour chaque type de fichier.

Vous pouvez voir les paramètres EXIF de la photo en entête de cet article.

Qu’est-ce qu’un fichier JPEG ?

Comme nous le précise notre ami Wikipédia, JPEG est l’acronyme de Joint Photographic Experts Group, un comité d’experts qui édite des normes de compression d’image depuis 1986. Les premiers travaux sur le type de fichier « JPEG » débute cependant dès les années 1978 à 1980.

Il s’agit donc d’un fichier image compressé, contenant un nombre d’information réduit et optimisé afin de minimiser la taille du fichier.

Les images au format JPEG sont très populaires est raison de leur facilité d’utilisation, de partage et de lecture. Il est en effet possible de lire un fichier JPEG sur n’importe quel ordinateur, tablette ou encore smartphone sans aucun logiciel spécifique. La plupart des appareils photo « développent » donc immédiatement la photo que vous venez de prendre dans ce format affichable sur l’écran de l’ordinateur ou imprimable, au prix d’une perte d’informations. Cette dernière en fait un fichier moins utilisé dans certains domaines où la restitution fidèle de l’image initiale est plus importante que la taille du fichier et la compatibilité.

Voici ci-dessous une simple mais efficace comparaison des degrés de compression JPEG. Pour réaliser ce test, j’ai simplement importé mon image dans Photoshop puis enregistré 2 fichiers avec une compression de plus en plus importante. L’échelle de compression JPEG de base de Photoshop va de 12/12 (faible compression) à 0/12 (grande compression).

L’image de gauche correspond quand à elle au JPEG « brut » généré par le boitier Sony a7RII.

Bilgola-Olivier-Schmitt-Comparaison-Compression-JPEG

Il est facile de remarquer que plus la compression augmente, plus les dégradés de couleurs et de luminosité se font pauvres en détails et nuances (très visible sur le pneu).

En photographie, l’immense majorité des clichés sont réalisés au format JPEG. Cependant, les professionnels ou amateurs avertis préféreront utiliser un autre type de format, brut et donc sans compression (ou presque), j’ai nommé : le RAW.

Qu’est-ce qu’un fichier RAW ?

Le fichier que l’on appelle RAW (« brut » en anglais) contient toutes les données enregistrées par le capteur de votre appareil photo. Il est assimilable à un négatif argentique et est un format natif qui diffère d’un fabriquant à l’autre (un fichier RAW Canon a une extension de fichier différente qu’un fichier RAW Nikon par exemple, cf. : tableau ci-dessous).

Ce fichier offre donc une grande liberté dans le traitement mais nécessite l’utilisation obligatoire d’un logiciel de traitement (type Lightroom DxO,…) avant de pouvoir lire et partager ses photos. Exactement comme lorsque l’on devait donner à développer ses pellicules argentiques avant de pouvoir voir ses clichés.

Afin d’expliquer l’utilité d’un tel fichier et du traitement personnel de ses photos, j’aime prendre pour exemple un simple coucher de soleil. Vous est-il déjà arrivé de photographier un super coucher de soleil aux couleurs pétillantes et vives mais de ne pas retrouver ces dernières sur votre cliché ? Ça nous est à tous déjà arrivé j’en suis sûr. La raison est simple : Lorsque vous photographier en JPEG, vous laissez votre appareil photo choisir de façon totalement arbitraire l’aspect qu’aura chaque nuance de couleur. D’où l’intérêt de traiter (« développer ») ses photos soit même à l’aide d’un fichier RAW et d’un logiciel type Lightroom.

Beaucoup de personnes n’adhèrent pas à ce que l’on appelle le traitement photographique ou plus maladroitement la photo « retouchée ». Ces personnes pensent, à tord, que cela dénature la « vraie image ». Seulement voila… La « vraie image » n’existe tout simplement pas ! Outre les différences de perceptions entre chaque être humain, le capteur ne voit pas les choses comme nous, qu’il s’agisse des couleurs ou de la plage dynamique (il a plus de mal à percevoir les détails à la fois dans les ombres et les hautes lumières). De plus, chaque capteur est différent et fournira donc un résultat plus ou moins biaisé. Ainsi, l’image capturée par un capteur numérique ou un film argentique est par essence une interprétation de la réalité et donc une approximation de celle-ci. Le résultat JPEG que l’on croit « non retouché » n’est qu’un « développement numérique » arbitraire généré de façon automatique par votre boitier. Un traitement personnalisé de vos images vous permet de vous approprié votre travail à 200%. Exactement comme quand vous décidiez peut-être de développer et tirer vos photos argentique par vous-même plutôt qu’en donnant votre pellicule à un laboratoire.

Il est important de noter qu’un fichier RAW à généralement aussi connu une compression, mais « sans perte ».

Un fichier RAW est 3 à 4 fois plus lourd qu’un fichier JPEG !

Principales extensions des fichiers RAW selon le fabricant (src: Wikipedia)
Extension Fabricant
.3fr Hasselblad
.arw Sony
.crw .cr2 Canon
.dng Adobe
.kdc Kodak
.mrw Minolta
.nef .nrw Nikon
.orf Olympus
.ptx .pef Pentax
.raf Fuji
.rw2 Panasonic
.srw Samsung
.x3f Sigma

Hautes lumières

Slider-Lightroom-Highlights

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Hautes-Lumieres-RAW-JPEG-4

JPEG Traité (16,1 Mo) RAW Traité (23,9 Mo)

Ce premier test est plus que parlant puisqu’il est facile de voir les différences entre le fichier JPEG et le RAW. Lorsque l’on réduit les hautes lumières sur l’image JPEG, Lightroom n’a pas d’autres choix que de se contenter de baisser l’exposition dans les zones claires de l’image afin d’espérer y voir ressortir des détails. Mais c’est un échec. On ne distingue pas un seul détail supplémentaire et un voile grisâtre inesthétique vient s’inviter dans les blancs.

Cependant, sur le fichier RAW, Lightroom est visiblement capable de récupérer de vrais détails contenu dans le fichier d’origine, comme le volant, l’appui-tête, le contour du phare ou encore des feuillages. Je suis plutôt impressionné car de mémoire il ne m’était pas possible de « tirer » le RAW de mon 5D mark II aussi loin (affirmation à vérifier car après lecture du très bon article de Jean-François Vibert sur la polémique autour des RAW compressés de l’a7RII, je pense procéder à de nouveaux tests plus poussés sur la dynamique de ce capteur). Il est par ailleurs évidement qu’un capteur de 5D mark II (produit entre 2008 et 2012) et un capteur de dernière génération comme celui du Sony (2015) ne sont pas comparables étant donné leur différence d’age et de technologie (le capteur du Sony est justement réputé pour sa soit disant grande dynamique d’exposition).

Au niveau de l’histogramme, on distingue effectivement que les pixels dans les hautes lumières restent bien « collées à droite » avec le fichier RAW, beaucoup moins avec le JPEG. Cette information technique de la répartition des pixels dans l’image nous confirme donc nos constatations visuelles.

Il est important pour moi de préciser dès maintenant que le fait de pouvoir « tirer » un fichier en post-traitement, c’est bien, mais choisir de bon réglages lors de la prise de vue c’est mieux ! Beaucoup mieux ! Une simple correction d’exposition vous fera gagner du temps de traitement et vous offrira la satisfaction de savoir comment obtenir le meilleur de chaque situation lumineuse dès la prise de vue.

En d’autres termes, si vous voulez faire de la photo, il vaut mieux apprendre à être un photographe plutôt qu’un informaticien…

Basses lumières / Ombres

Slider-Lighroom-Shadows

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Basses-Lumieres-RAW-JPEG-2

JPEG Traité (17,6 Mo) RAW Traité (26,7 Mo)

Contrairement au test précédent, les différences JPEG / RAW semblent se faire timides lorsqu’il s’agit de récupérer des informations dans les zones sombres. La seule chose que l’on peut affirmer est que le fichier JPEG semble lisser/réduire le bruit alors que le fichier RAW offre un semblant de détail supplémentaire (Mouais… normal étant donné que le boitier applique sans doute une réduction automatique de bruit au JPEG) de part un grain plus présent (sans aucun doute dû aux ISO à 800). Au niveau de l’histogramme, une importante différence apparaît cependant : le fichier JPEG fait exploser les valeurs colorimétriques et d’exposition des pixels, là où le fichier RAW permet est traitement plus fin et respectueux de l’intégrité des informations.

J’imagine que tout comme moi, vous êtes un peu dubitatif et déçu par ce résultat. J’ai donc levé mes fesses de ma chaise pour aller faire un nouveau cliché que voici.

Sony a7RII + Metabones + Canon 50 f/1.2L
1/60s | f/1.7 | ISO800
Ambiance nocturne

Slider-Lighroom-Exposure

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Basses-Lumieres-2-RAW-JPEG-4

JPEG Traité (43,5 Mo) RAW Traité (49,1 Mo)

Cette fois-ci j’ai préféré augmenter l’exposition (« Exposure »), plutôt que les basses lumières (« Shadows ») toujours via Lightroom, le résultat est beaucoup plus parlant !

Nous pouvons enfin observer une différence flagrante entre notre fichier JPEG et RAW. Ce dernier nous permet non seulement de faire ressortir d’avantage de détails mais surtout dans une bien meilleure qualité et en respectant la colorimétrie de façon assez bluffante. Les dégradés dans la texture métallique sont très bons et propres. Il est possible de distinguer les arrêtes de chaque bouteille ainsi que des nuances dans la translucence de celles-ci. Le fichier JPEG quand à lui est dépourvu de ces détails et offre un résultat peu qualitatif. Les dégradés sont pauvres en nuances, la colorimétrie est tout simplement explosée, les bouteilles apparaissent comme une grosse tâche verdâtre.

Ici aussi les histogrammes confirment nos impressions, le fichier JPEG… fait de son mieux… et hache les valeurs. Alors que le fichier RAW arrive à délivrer une belle plage d’informations qui s’étire même jusqu’aux gris moyens.

Balance des blancs

Slider-Lightroom-Balance-Blancs-RAW

Slider-Lightroom-Balance-Blancs-JPEG-2

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Balance-Blancs-RAW-JPEG-2JPEG Traité (22,6 Mo) RAW Traité (30,1 Mo)

Selon moi, un des grands avantages du fichier RAW est qu’il est possible de retravailler entièrement sa balance des blancs en post-traitement. C’est pourquoi je conseille souvent à mes élèves apprentis photographes de laisser leur boitier sur balance des blancs automatiques (« AWD », pour Automatic White Balance).

La démonstration ci-dessus met en évidence deux choses:

  • La colorimétrie reste bien plus fine et équilibrée avec un fichier RAW. Le résultat proposé par le JPEG est très saturé et peu agréable.

  • Le fichier JPEG connait une perte d’informations dans les nuances et dégradés, ce qui a pour effet de faire disparaître certains détails comme par exemple ici des reflets dans la carrosserie.

 

Colorimétrie

Slider-Lightroom-Vibrance-Stauration

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Couleurs-RAW-JPEG-2

JPEG Traité (25,8 Mo) RAW Traité (33,1 Mo)

Un peu comme pour la balance des blancs, lorsque l’on augmente la saturation et la vibrance des couleurs, on remarque très clairement que cela génère une perte de détails dans l’image JPEG. Il est en effet ici intéressant de fixer son attention sur les reflets dans la carrosserie. Le fichier RAW conserve ces derniers alors que le JPEG les estompe complètement (certains disparaissent même).

De plus, j’ai choisi de zoomer sur cette partie de la photo car nous avons ici un léger dégradé de rouge que le fichier JPEG n’arrive pas à conserver de façon élégante. A l’inverse, le fichier RAW modifié restitue l’intégrité de ce dégradé, de façon très lisse et propre, exactement comme l’original.

Contraste

Slider-Lightroom-Highlights

Sony-a7RII-Olivier-Schmitt-Comparaison-Contraste-RAW-JPEG-2

JPEG Traité (17,1 Mo) RAW Traité (25,1 Mo)

Une des différences notables ici est encore une fois le respect de l’intégrité des détails fins de l’image. Rien de bien étonnant mais il est intéressant de le constater visuellement une nouvelle fois. Si l’on observe de plus près la tâche dans le blanc au centre de l’image, on s’aperçoit alors que le fichier JPEG semble offrir un contraste plus marqué que le fichier RAW. Cependant je pense plutôt qu’il s’agisse d’un effet d’optique dû au léger changement colorimétrique. En effet, le fichier JPEG s’éloigne de la colorimétrie d’origine (un voile jaunâtre apparaît), là où le fichier RAW reste bien plus fidèle.

Conclusion

Le pouvoir qu’offre un fichier RAW n’est pas un secret pour tout photographe averti. La démonstration ci-dessus vous permet d’en prendre conscience et de peut-être revoir votre façon de travailler si vous aviez l’habitude de vous contenter de votre JPEG. Cependant, comme nous l’avons souligné plus haut, passer son boitier en RAW nécessite un investissement supplémentaire de votre part. Il vous faudra accorder de longues minutes au traitement de chacune de vos images et c’est bien sur ce point que beaucoup butent encore.

Mais cela en vaut la peine !

Travailler en RAW c’est avant tout s’approprier entièrement son travail et ne laisser que très peu de place à l’excès d’automatismes que connait la « photographie moderne ». Le fichier RAW offre d’avantage de détails, une meilleure qualité de rendu de la lumière et des couleurs, une marge de manœuvre extraordinaire lors du traitement et bien sur la satisfaction inestimable de « développer » soit même l’émotion que chacune de vos photos doit transmettre.

Pour la défense du JPEG, je suis le premier à affirmer que les résultats sont très bons et tout à fait exploitables pour 90% des besoins pro (la majorité des clients étant incapables de faire la différence) et sans doute 99,9% des besoins amateurs.

Que ce soit en JPEG ou en RAW, le résultat obtenu et l’émotion retranscrite par votre image dépend principalement de votre sujet et de votre aptitude à saisir l’instant T avec la bonne focale et les bons paramètres de prise de vue. Toutes autres pinailleries technologiques et course aux pixels ne sont que secondaires voir tertiaires.

Rappelez-vous aussi que…

Traiter un fichier RAW sur ordinateur est exactement la même chose que développer et tirer sa pellicule dans un laboratoire.

Alors au travail !

Passez dès maintenant votre boitier en RAW+JPEG et faites vous votre propre opinion.

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A propos de l'auteur
Olivier Schmitt
Photographe professionnel, originaire d'Alsace (France), ancien Directeur Technique sur les films d'animation "Minions", "Moi, Moche et Méchant" et "Le Lorax".
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